Voilà un jeu qui avait beaucoup fait parler de lui avant sa sortie. Entre petites difficultés avec la censure au début et finalement report voire annulation dans certains pays, Rockstar n’avait même plus besoin de faire de pub pour rentabiliser Manhunt 2. Cependant, le voici enfin (aux États-Unis, bien sûr) alors que l’on ne l’attendait plus. C’est donc avec vous que je vais tenter de répondre à cette question existentielle, qui doit sûrement déambuler nerveusement sur le bout de toutes les langues : Censuré, un jeu tel que Manhunt 2 ne perd-il pas tout son intérêt ? Évidemment, on pourrait très simplement répondre par “oui” ou “non” mais ce n’est pas aussi simple que ça.
Vous incarnez tour à tour Daniel Lamb et Léo Kasper, deux évadés d’un asile psychiatrique aussi malsain que mal fréquenté. Votre mission, tout au long de la quinzaine de niveaux qui constituent le jeu, sera de retrouver le passé de Daniel (dit Danny), le gentil amnésique du duo. Voilà tout pour le scénario, mais s’il promet jusque là d’être passionnant, le joueur sera bien vite ramené à la dure réalité : malgré quelques révélations moyennement surprenantes, il s’agit avant tout d’un prétexte pour mettre en scène l’extrême violence du titre. Rien d’extraordinaire de ce côté mais l’histoire reste malgré tout assez plaisante à suivre, surtout qu’elle vous entraînera dans des lieux divers et variés comme une villa abandonnée, un studio télévisé ou même une maison de passe (pour rester poli) sado-maso.
Tous ces environnements sont évidemment très glauques et les musiques qui les accompagnent stressantes à souhait. Tout serait allé pour le mieux dans le meilleur des mondes (ou presque) si les graphismes avaient pu suivre, ce qui est loin d’être le cas. Bugs en tous genres et aliasing façon dents de scie sont eux aussi de la partie. Heureusement, les personnages ne s’en sortent, dans l’ensemble, pas trop mal. Malgré leur laideur difficilement surmontable, leurs animations sont de franches réussites ! Voir le héros planter violemment son couteau dans la tête et dans le ventre des chasseurs à sa poursuite ou bien se recroqueviller en position foetale lorsqu’il se fait tabasser à terre est un réel plus. Pas de chance, par contre, vous n’aurez le plaisir de voir le premier exemple que si vous possédez une version non censurée du jeu...
Manhunt 2, malgré quelques bonnes idées, ne propose rien de franchement innovant. A l’instar d’un Splinter Cell, il s’agira de se cacher dans les nombreuses zones d’ombre et d’attendre le moment propice pour sortir. Le titre est principalement un jeu d’infiltration, vous devrez donc rester discret et surtout éviter les face-à-face car, si en un contre un, vous avez de bonnes chances de sortir vainqueur, combattre deux adversaires à la fois est purement suicidaire. Bien sûr, si vous engagez un combat direct avec un ennemi, les bruits du métal sur la chair alerteront bien vite les autres chasseurs... Le seul moyen de venir à bout rapidement et discrètement de vos opposants, à l'intelligence artificielle sous-développée, est de vous placer dans leur dos sans qu’ils ne s’en aperçoivent et de les exécuter.
C’est sur ce point là que la censure s’est montrée meurtrière ! Les séquences d’exécutions auraient pu être vraiment très immersives et c’est d’autant plus dommage. Dans No More Heroes par exemple, la censure n’enlevait que le sang et un peu de cohérence, mais dans Manhunt 2 impossible d’en dire de même. En effet, lorsque que vous réalisez une exécution on vous demande de mimer les gestes meurtrier du héros à savoir : égorger, éventrer, étouffer, j’en passe et des meilleurs. Seulement ici, il faudra imaginer l’action puisqu’elle est tout à fait masquée par un filtre coloré opaque. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas un filtre de rigolo ! Impossible d’apercevoir quoi que ce soit derrière, c’est particulièrement énervant de devoir incliner Nunchuk et Wiimote dans les directions indiquées à l’écran sans voir le résultat de ce dur labeur.
Mais ce qui est le plus frustrant dans cette histoire, c’est que les exécutions constituaient la seule partie innovante et franchement réussie du jeu. Les développeurs avaient été jusqu’à créer différents niveaux de mises à mort, de plus en plus pervers et violents (mais aussi de plus en plus délicats à placer), pour récompenser les joueurs qui savent garder leur sang froid. Dans certains lieux, il était même possible de tuer ses adversaires avec l’aide du décor : leur mettre la tête dans une bouche d’égout, les planter à des crochets... Et tout ça est réduit à néant ! Que reste-t-il alors à Manhunt 2 pour convaincre les foules ? Pas grand chose...