Il aura fallu patienter cinq ans avant que le célèbre plombier moustachu nous revienne enfin dans un vrai jeu de plates-formes sur console de salon. Attendu comme le messie de la Wii, ce Super Mario Galaxy est-il la révélation tant attendue par les fans ? Révolutionne-t-il le genre que son ancêtre Super Mario 64 avait créé ? Après avoir fini le jeu, si ces questions ne resteront pas sans réponses, une troublante pensée viendra très certainement perturber votre esprit : est-il aussi bon que ses prédécesseurs?
Il était temps que Nintendo agisse ! C’est triste à dire, mais on avait presque fini par oublier que Mario pouvait signifier autre chose que "party-game". Ce soft tant attendu déborde d’idées et de trouvailles en tous genres. Comme pour les précédents volets, Super Mario Galaxy ne peut se vanter de briller par son scénario : la gentille princesse Peach se fait kidnapper par le vilain Bowser, déterminé à créer une nouvelle galaxie (on se demande ce qui se passe dans sa tête parfois). Impuissant face à ce spectacle “inattendu”, le gros Italien part donc, sous les conseils de Harmonie, à la recherche des Super Étoiles. Eh bien, ils ne se sont pas foulés chez Big N ! Si ce n’était pas un Mario, on pourrait avoir, dès lors, de sérieux doutes sur la qualité générale du jeu. Mais, à l’inverse du scénario, Nintendo fait tout de même dans l’innovation et nous propose un terrain de jeu totalement nouveau, puisque notre héros évolue désormais dans l’espace.
L’espace, contrairement à ce que l’on serait tenté de penser, a offert des possibilités phénoménales aux développeurs. Effectivement, au début du jeu, cette fameuse galaxie peut paradoxalement sembler relativement limitée, puisqu’on progresse généralement en passant d’une cacahuète à une autre (bon nombre de planètes en ont la forme et la taille). Mais on se rend vite compte que ces sympathiques petites boules trouées ou vaguement déformées se laissent dépasser par l’imagination débordante - et je pèse mes mots - des créateurs du soft. Les planètes ne ressemblent vite plus à rien, de plus on pourra se retrouver à déambuler sur toutes sortes d’éléments, n’ayant au final qu’un rapport assez obscur avec ce “Galaxy” qu’arbore fièrement la jaquette, comme une pomme géante ou un jardin cubique. Les environnements et finalement le jeu lui même, se renouvellent donc en permanence et avec une inventivité étonnante. Le level design est clairement un des plus travaillés qu’il m’ait été donné de voir, tous jeux confondus. S’il est graphiquement un cran en dessous de ce qui se fait à l’heure actuelle sur les consoles concurrentes, il s’agit tout de même du plus beau jeu de la Wii et reste très agréable à regarder.
Qui dit planète, dit gravité. Et Mario, qui est depuis toujours, lors de ses fameux sauts, relativement peu soumis aux lois de Newton, se retrouvera désormais aussi souvent la tête en haut qu’en bas. L’air de rien, cette gravité relance extraordinairement l’intérêt de cette série qui n’avait pas tellement évolué depuis son passage en 3D. On peut désormais aller sur presque la totalité des éléments affichés à l’écran! C’est assez impressionnant, c’est comme une nouvelle dimension qui s’ouvre à nous. Mais méfiez vous, si le joueur est le plus souvent attiré par le centre de la planète, il existe de très nombreuses exceptions. Certains niveaux pervers vous obligeront à changer vous-même le sens de la gravité à l’aide d’une sorte de girouette qu'il faudra frapper. D’autres vous feront marcher au plafond ou sur les murs, la faute à des flèches, vicieuses autant que dangereuses, qui vous attireront immanquablement dans la direction qu’elles indiquent. Les situations sont innombrables et innovantes tout au long du jeu.
Une fois n’est pas coutume, la Wiimote est utilisée intelligemment. On a enfin l’impression que cette manette est parfaitement adaptée à quelque chose. Pas d’utilisation excessive ou au contraire de non-utilisation absolue, Nintendo a su intégrer parfaitement le combo Wiimote-Nunchuk au jeu. Secouer la télécommande se traduira donc à l'écran par une attaque tourbillon et vous vous servirez du pointeur pour récupérer des fragments d'étoiles. D’ailleurs, complétant les niveaux plates-formes avec énergie, des défis vous sont proposés lors de certaines missions, défis exploitant bien évidemment la fameuse reconnaissance de mouvement. Pour vous donner une idée sachez que vous pourrez par exemple goûter aux plaisirs du surf sur raie ou jouer l’équilibriste sur une boule.
L’ambiance générale du soft est soutenue par les compositions légendaires de Koji Kondo. Et diantre ! Force est de constater qu’elles sont pour le moins extraordinaires ! Bon nombre d’entre elles sont reprises des opus précédents (ah merci mon dieu d’y avoir mis les musiques de Super Mario Bros. 3) mais bien sûr remixées pour notre plus grand plaisir. Mais n’oublions pas les nouveaux morceaux, qui sont eux aussi extrêmement bons et, chose toute nouvelle, orchestrés ! Ca change des mélodies jouées par des “bips” de Game Boy comme on en avait jadis l’habitude.
Plus facile mais aussi plus court que ses aînés, Super Mario Galaxy est peut-être un petit peu décevant du point de vue de la durée de vie. 60 étoiles vous seront demandées pour finir le jeu, ce qui équivaut à environ une quinzaine d’heures. Cependant si vous désirez finir le jeu avec les 120 étoiles qu’il propose, vous pouvez compter sur une petite vingtaine d’heures supplémentaires. Effectivement, vous n’aurez a priori pas beaucoup de difficultés pour ramasser les 60 premières, quelques unes étant, à la limite, données. Mais le jeu va tout de même bien se corser sur celles restantes. La plupart des mondes possèdent environ deux ou trois étoiles dites “normales”, puis deux à avoir grâce aux comètes et une dernière, cachée, avec pour seul indice, une petite bulle, façon bande dessinée, indiquant la mission dans laquelle on peut la récupérer. Mais que sont donc ces comètes évoquées plus haut? Il s’agit en fait de mission spéciales dans lesquelles on vous demandera entre autres, de refaire une mission en contre la montre, d’abattre un boss sans se faire toucher ou de battre votre double à la course. Cependant si certaines comètes vous en feront baver, finir le jeu, même à 100%, reste relativement plus facile qu’avant.
Il faut aussi noter que les caméras de ce Super Mario Galaxy ne sont pas toujours parfaites. Il vous arrivera parfois de jurer contre la vision frustrante d’un mur en gros plan ou d’une planète où vous n’êtes définitivement pas visible qu'on vous proposera. Le terme “proposera” n’est d’ailleurs pas le plus approprié puisque - encore plus rageant - les passages ou l’on peut changer l’angle de vue de la caméra, ou ne serait-ce que passer en vue subjective, se comptent sur les doigts de la main. Heureusement, ce problème n’est pas envahissant puisque, le plus souvent, elle se place au bon endroit, au bon moment.
Contre toute attente, alors que le jeu se passe la majeure partie du temps dans l’espace, ce Mario est bien plus dirigiste que ses prédécesseurs 3D. Le petit côté exploration qui était apparu avec Super Mario 64 a pratiquement disparu. A l’instar des Mario en 2D, le jeu est beaucoup plus axé plates-formes. Ce qui est assez intéressant, c’est que l’on ne repasse presque jamais par les mêmes endroits pour une mission différente comme cela pouvait arriver dans les aventures précédentes. Mais il est évident que cela ne plaira pas à tout le monde, on peut trouver que cet échange est une idée de génie comme on peut trouver que c’est un grand retour en arrière.
Pour ne pas finir sur quelque chose de négatif, rappelons que comme dans tout Mario digne de ce nom, notre héros peut se transformer. Mais il ne s'agit plus de casquettes à prendre ou de buse à trouver, gros clin d'oeil aux épisodes 2D, on revient aux champignons à ingurgiter et aux fleurs à cueillir. La fleur de feu fait ici son grand retour accompagnée d'une série de nouveaux pouvoirs tous plus originaux les uns que les autres. Évoquant immédiatement Super Mario Bros. 3, le costume d'abeille fait son apparition ! Jamais on n'avait eu de pareille altération physique dans un jeu vidéo : le champignon blanc vous transformera en (mignon) Boo moustachu ! Défiant toute logique et raison, le champignon gris vous encastrera dans un ressort géant pour vous faire sauter à des hauteurs vertigineuses ! Et ça continue encore ! Incroyablement mignonnes et variés, ces métamorphoses sont encore plus fun que les autres. Et grosse nouveauté pour un épisode tridimensionnel, vous avez d'office tous ces pouvoirs, vous n'avez plus à les débloquer comme à l'époque, et c'est tant mieux, vu leur réussite totale.