Pour ceux qui ne seraient pas au courant, Paper Mario est une série de RPG basée sur l'univers de l'emblématique plombier de Nintendo. Le premier épisode était sorti sur Super Nintendo, mais uniquement au Japon et aux Etats-Unis, sous le nom de Super Mario RPG. Une suite est parue en 2001 sur N64, instaurant le nom de Paper Mario. Si vous n'avez jamais entendu parler de cette série, un simple coup d'oeil sur les images risque de vous laisser perplexe : Qu'est-ce que ce jeu à l'aspect si enfantin ? A quel public est-il destiné?
Un Mario en papier ?
Et oui ! L'originalité du jeu réside avant tout dans son design. On évolue dans un univers en 2,5D (difficile à imaginer, comme ça...), ce qui donne aux personnages et aux décors un aspect de feuilles de papier. Vous dirigerez un Mario tout à fait plat mais pourrez le faire naviguer aussi bien en avant et en arrière que dans la profondeur de l'écran (si vous n'avez toujours pas saisi, les images sont là pour vous aider). Le résultat obtenu par ce procédé graphique est donc des plus audacieux, puisqu'il donne au soft un aspect léger et farfelu. Dans un monde où on ne jure que par le degré de réalisme des nouvelles productions, on ne peut nier qu'il s'agit là d'un pari osé.
Et ça donne quoi, le 2,5D ?
Je vous rassure tout de suite, le concept du «monde de papier» est, disons-le franchement, une pure réussite. Le style enfantin peut certes déplaire, mais nul ne pourra nier que l'ensemble est plus que cohérent. Il ne vous faudra que quelques minutes (secondes ?) de jeu pour vous familiariser avec ces graphismes à la frontière de la 2D et de la 3D.Quitte à miser sur une esthétique «papier», autant aller au bout des choses. J'entends par là qu'une bonne partie du gameplay est également basée là-dessus. La plupart des phases des recherche s'appuient sur des variation du thème du papier : Vous devrez tantôt vous plier en avion pour planer vers des sommets inaccessibles, tantôt vous enrouler sur vous-même pour accéder à des passages trop étroits. Votre progression dans l'histoire repose sur ces capacités : vous les obtiendrez les unes après les autres et chacune vous permettra de débloquer le chemin vers le niveau suivant, à la manière d'un Zelda ou d'un Metroid.
Pour le reste, on a affaire, quoi qu'on en dise, à un vrai RPG, même si il reste assez simple pour cette catégorie. On a bien des combats au tour par tour, un système d'associations d'objets, des points d'expérience pour faire progresser les personnages, et des attaques variées qui s'enrichissent au fur et à mesure. Certes, tous ces traits sont moins étoffés que dans un RPG «traditionnel», mais l'on sent que ce n'était nullement l'intention des développeurs.
Le scénario est également moins riche qu'un Tales Of Symphonia ou un Baten Kaitos. Vous ne trouverez pas ici de héros ténébreux ou de quête épique pour le destin du monde. Les elfes cèdent la place à des koopas, les trolls à des goombas et les potions à des champignons. Tout est gentil et guilleret. Certains considèreront cela comme un défaut, mais on n'allait pas raconter une tragédie avec ce style de graphismes!
Des choses en plus
Hormis son incontestable originalité, Paper Mario brille pas d'autres qualités inattendues, la plus marquante à mon sens étant la « vivacité » des différentes phases de jeu. Je m'explique: D'habitude, dans un RPG, on parle à beaucoup de personnages, on visite de beaux villages, on passe des heures dans les menus d'association, et on combat des méchants qui arrivent de nulle part. Tout ça, c'est bien beau mais à la longue, ça devient souvent rasoir (je vais me faire des amis chez les puristes). Paper Mario a le mérite de sortir un peu de ce schéma ultra-classique. Les phases de recherche, d'abord, sont agrémentées de quelques passages de plates-formes très bien pensés (c'est Mario tout de même), ou d'autres séquences d'action. Sans prendre le pas sur la base RPG du soft, ces interludes sont très appréciables. Le fait que l'on voie ses ennemis avant le combat a deux avantages : Cela les inclut davantage dans l'aventure, et l'opportunité vous est donnée de prendre l'initiative sur eux (c'est-à-dire de commencer le combat) en les attaquant le premier. Mine de rien, ce genre de détail donne une sacrée pêche au jeu et vous évite d'attendre passivement les combats.
Et des combats, parlons-en. On entend partout que le système de combat est l'un des points essentiels d'un RPG. Et bien ici, nous avons droit à un modèle du genre. A l'instar des phases de recherche, les combats ont cette « vivacité » qui leur donne tout leur intérêt. Sélectionner la commande « attaque » et regarder votre personnage s'exécuter ne sera pas suffisant. Vous devrez entrer des combinaisons de touches ou appuyer au bon moment pour parfaire vos offensives et faire le maximum de dégâts. Loin d'être un simple fantaisie, ce paramètre pourra décider de l'issue de bien des affrontements. Cela maintient un certaine tension qui ne retombe qu'une fois le combat terminé. De plus, vos rencontres avec vos ennemis se dérouleront sur une scène de théâtre, et il vous faudra récolter les encouragements du public pour les transformer en attaques dévastatrices. Encore une idée fort sympathique. Juste un mot sur les clins d'oeil à quelques niveaux de Super Mario Bros. que vous jouerez avec... Bowser ! Jouissif !
RPG ou pas RPG ?
On aurait effectivement du mal, au final, à classer Paper Mario ailleurs que dans cette famille. Néanmoins, ceux qui ne jurent que par Final Fantasy ou Dragon Quest n'y trouveront probablement pas leur compte. La durée de vie a beau être honorable, on ne va guère plus loin que 25 ou 30 heures. La quête principale est riche et bien bâtie, mais les quêtes annexes sont finalement assez peu nombreuses et n'offrent qu'un intérêt limité, si bien que le monde dans lequel on évolue ne semble pas très vaste. Cet aspect est accentué par un relatif manque de profondeur des différents environnements. En effet, les villes sont plutôt petites et ne s'étendent guère que sur cinq ou six écrans.
Les graphismes, s'ils sont, dans leur style, une pure réussite, n'offrent bien évidemment pas de prouesses techniques ou visuelles. La GameCube est très loin de ses capacités maximales. Reste à relancer l'éternel débat : un jeu doit-il nécessairement disposer de graphismes époustouflants pour mériter qu'on y joue ? (Les adeptes de Nintendo ont en principe depuis longtemps tranché...)
Le gameplay, bien que très satisfaisant dans son ensemble, souffre également de quelques lacunes. Par exemple, l'argent que l'on ramasse à l'issue des victoires ne sert absolument à rien. Vous n'aurez que rarement besoin de plus du dixième de votre pactole, et vous vous retrouverez rapidement avec une somme de 999 pièces inutiles. Les personnages secondaires, quant à eux, semblent n'avoir de personnalité qu'au moment de leur rencontre. Ils ont chacun un problème qui les pousse à se joindre à votre quête, mais une fois ce problème résolu, leurs interventions se font quasiment inexistantes. Enfin, le plus gros défaut, selon moi, est la répétition des allers-retours. Vous venez de traverser un village, quand, arrivé au bout, on vous dit de retourner au point de départ pour parler à quelqu'un d'autre ou trouver un autre objet. Et une fois revenu au point de départ, on recommence ! C'est en définitive assez horripilant...
Quelques défauts évidents, donc, mais qui n'empêchent pas Paper Mario de se placer largement du côté de la réussite. Je suggère cependant de ne pas tout à fait l'appréhender comme un RPG, mais plutôt comme un jeu « à part », qui ne ressemble à aucun autre. Ce n'est qu'au prix de cette mise en conditions que l'on pourra l'apprécier à sa juste valeur.
Ouverture sur l'avenir
Maintenant que ce test est terminé, précisons tout de même que le Super Paper Mario mentionné en introduction et à venir sur Wii s'éloignera vraisemblablement de l'épisode dont nous venons de parler. Les développeurs sont les mêmes, et les graphismes sont dans la même veine, mais d'après les dernières infos, on devrait revenir à un gameplay plus plates-formes que RPG.